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Rômaji Horizon

 

Attention ! Critique 100% spoilers !

 

Dernier rejeton de Léa Silhol, Rômaji Horizon nous fait pénétrer dans le monde du Grid duquel nous n'avions eu qu'une ébauche lors de la lecture d'Hanami Sonata, une ébauche qui mettait déjà l'eau à la bouche toutefois. Nouveau roman, nouveau duo sur cet échiquier complexe. Nous avions déjà croisé la route de Fuyue (alias Neko) et de Saeru, l'occasion se présente ici d'enfin faire véritablement leur connaissance. La notion de double, de duo, de duet est encore de la partie, et c'est une valeur sûre. Après avoir accompagné Crescent et Hatsuyuki, je suis allée les yeux fermés prendre la main de ce nouveau couple et l'ai laissé me guider sur l'échelle impitoyable du Grid. Une Fay et un humain (chut), chacun avec leur personnalité double, partagée entre le Grid et l'IRL, et chacun l'inverse de l'autre (à première vue), Fuyue étant sans doute plus ancrée dans l'IRL que Saeru, et ayant davantage de raisons de s'y sentir chez elle, alors que Saeru se réclame rejeton du Grid. De même que la véritable identité de Saeru ne sera révélée que tardivement, l'identité de Fuyue dans la grille, Neko, est une légende urbaine. A contrario, Saeru est une légende tout court et est connu de tous dans le Grid, ce qui est beaucoup moins le cas IRL. Beaucoup d'oppositions donc, et pourtant ces deux moitiés d'âme sont les deux facettes d'une même pièce. L'un ne va pas sans l'autre.

 

L'intrigue démarre en 2013 lorsque, pour sauver la vie d'Hatsuyuki, Crescent demande à plusieurs Fays de lui prêter main forte. La roue du temps s'enclenche en même temps que les rouages du Grid dans lequel le Maître de Kôdô pénètre, aidé par Saeru. Néanmoins, pour comprendre l'intervention de Saeru, il faut le comprendre et donc savoir qui il est, et comment il a trouvé sa place parmi les Izôkage. C'est là qu'une nouvelle mécanique s'enclenche devant nos yeux et, à l'instar des Gridrunners, nous nous mettons à suivre nous aussi cette course effrénée, remontant en 1999. Car Rômaji Horizon est un run, un immense flash-back annoncé par l'acte de Smoke au début du roman, quand les aiguilles du temps rebroussent chemin. Pour saisir tous les enjeux du combat à venir pour Crescent et Hatsuyuki, il nous faut tout d'abord observer ce qui fut le ballet entre Saeru et Neko.

 

Le roman tourne principalement autour de Saeru, cet anti-héros que l'on adore détester et que l'on aime de plus en plus à chaque clé de compréhension qui nous est donnée. J'ai adoré faire sa connaissance, car tant d'aspects de lui m'ont fait sourire. Je me souviendrai longtemps de mon « bug » lors de la lecture de l'une des premières phrases qu'il prononce et où un « stp » (littéralement) est glissé, écrit noir sur blanc, puis de mon rire. Car, oui, Saeru est plein de provocation et affiche cet air de défi que l'on se plaît à retrouver chez de nombreux personnages de Léa Silhol mais, comme chez les autres, Saeru se permet d'être ainsi parce qu'il le peut. Sa maîtrise du langage et de la tournure syntaxique et sémantique n'est pas à remettre en doute. Ce « stp » est un gant jeté à ceux qui pourraient croire le contraire. Fils spirituel du Grid, englué dans sa machine, mais en étant pourtant le grand favori, Saeru en connaît toutes les mécaniques, tous les trucages et tous les recoins. Il a réclamé vengeance au monde, et le Grid lui a offert sur un plateau d'argent, car le Grid avale tout, digère tout, achète et revend tout au plus offrant. Tant que tout est à lui, tant que son avidité est satisfaite, alors le Grid/Greed continue sa besogne certes basse mais ô combien rentable. Comme lui, Saeru pensait que ce serait suffisant.

 

Pourtant, il confirme lui-même le manque qu'il ressent.

 

Ici intervient Neko et la tempête qu'elle provoque dans la vie du runner, brisant ses codes (au sens propre comme au figuré). C'est une Gerda moderne qui vient sauver Kay. Attiré par le mystère qu'elle représente, Saeru suit son propre lapin blanc, et c'est là la rencontre de deux êtres exceptionnels, comme Léa Silhol sait si bien les conter. Le thème de l'identité et de la révélation de soi, cher à l'écrivaine, prend toute sa place ici. Saisi par le Robin des bois moderne qu'est Neko, Saeru se doit de remettre en question son univers et d'affronter son propre regard dans la glace. On suit, le souffle court, son parcours, ses choix et ses tiraillements. Sa prise de conscience et son opposition face à la machine, symbole du capitalisme et d'une société qui ne pense qu'en terme de chiffres. Toutefois, le Grid reste ce que les humains en ont fait, car dans les bas fonds de cette arme à double tranchant se dissimule un aspect mystique oublié par nombre de runners et de walkers.

 

Car, après tout, qu'est-ce que le Grid ? Le Grid, c'est un nouveau monde que nous dépeint Léa Silhol, c'est l'envers du décor au pays du soleil levant. Un monde de données informatiques où les quelques élus pouvant y accéder sont nommés les runners ou les walkers selon ce qu'ils font dans cet espace virtuel et souterrain. Un espace où l'on traite les données, où l'on s'échange à prix d'or les informations, où l'on hacke et où tout se revend, et ce trafic s'étend sur une trentaine de niveaux. Plus tu t'enfonces, moins ce qui t'entoure fait écho à la réalité, et plus il y a ce froid glacial qui te pénètre. Au sein de cette tour plongée constamment dans les ténèbres et hantée de pluie, tout semble possible, et au-delà des prouesses de piratage, c'est un mystère entier sur la naissance de cette grille et sur les créatures qui y rodent qu'il s'agit de décoder. 

 

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